Etude UCL sur le parcours des enseignants débutants

Professeur donnant cours
 Le Girsef (UCL), en collaboration avec l’ULB, vient d’achever une étude menée durant un an et demi sur la trajectoire des jeunes enseignants. Les résultats mettent notamment en évidence l’extrême précocité de nombreux départs (la moitié des sorties interviennent en effet la 1ère année).
Premier chiffre parlant de cette étude : 35 % des enseignants débutants quittent le métier endéans les cinq premières années. Et sur ce 35 %, plus de la moitié (19 %) part déjà durant la 1re année ou au terme de celle-ci. Certains ne restent qu’un mois.

La proportion d’enseignants quittant l’enseignement varie significativement en fonction de plusieurs facteurs. Elle varie notamment selon le type d’enseignement. 44 % d’enseignants quittent le métier dans les cinq premières années quand ils exercent dans le secondaire ordinaire mais seulement 24 % quand ils enseignent dans le fondamental ordinaire.

Des différences existent aussi selon le diplôme : le taux de sortants durant les cinq premières années est trois fois plus important parmi les non détenteurs d’un diplôme pédagogique que parmi ceux qui en détiennent un. Pour les instituteurs primaires par exemple, les taux de sortie durant la première et les cinq premières années sont respectivement de 4.5 % et de 13.9 %. D’autres facteurs interviennent également : notamment la situation géographique de l’école (contrairement aux idées reçues, Bruxelles ne compte pas le taux de sortants le plus élevé de la Belgique francophone), l’âge à l’entrée (ceux qui entrent entre 25 et 29 ans sont les plus enclins à sortir), les caractéristiques du public d’élèves (l’indice socioéconomique de l’établissement dans lequel l’enseignant commence sa carrière a peu d‘impact sur le taux de sortie) ou les conditions d’emploi durant la 1re année.

Une partie des départs est due à un soutien insuffisant ou inefficace des jeunes professeurs. Il est donc pertinent de creuser ce sillon d’intervention. Mais une autre part du problème réside dans la régulation du marché du travail enseignant. Les statuts et les pratiques des employeurs y maintiennent bien trop les nouveaux entrants dans une position dominée. Le mois de septembre est, par exemple, toujours celui qui procure le moins d’emplois aux novices. Le mois de mai est toujours le plus favorable. 

Chaque année, 4 800 nouveaux enseignants sont engagés alors que, tout au plus, le système n’a besoin simultanément que de 3 300 ETP. Si le système était organisé autrement, on pourrait imaginer n’engager au maximum que 4 200 enseignants, voire moins, ce qui nous rapprocherait un peu du nombre de diplômés pédagogiques sortant chaque année (3 500 maximum) et réduirait d’autant le phénomène de pénurie.

Quatre pistes. Pour mieux organiser le marché et offrir de meilleures conditions d’entrée aux débutants, diverses pistes sont envisageables : 1) réduire les retards d’attribution des postes en début d’année scolaire, 2) réduire les trop fortes distinctions entre les statuts de prioritaire et de non prioritaire, 3) développer la coordination entre pouvoirs organisateurs présents sur un même marché de manière à améliorer la rencontre entre offre et demande, 4) prévoir une année sabbatique dans la carrière de chaque enseignant qu’il consacrerait d’une part à sa formation et d’autre part au remplacement d’enseignants temporairement absents, sa place étant laissée pendant un an à un enseignant débutant, évitant ainsi que les nouveaux enseignants soient de simples « variables d’ajustement ».

Sources : toutes les statistiques sont fondées soit sur les données fournies par l’administration des personnels de l’enseignement à propos des prestations des enseignants entre 2005 et 2011, soit sur les données de la banque carrefour de la sécurité sociale couplée aux données des étudiants sortis de l’enseignement supérieur non universitaire à la fin de l’année scolaire 2001-2002.

Le rapport a été rédigé par Bernard Delvaux (UCL), Pierre Desmarez (ULB), Vincent Dupriez (UCL), Sandrine Lothaire (UCL) et Matthieu Veinstein (UCL). L'étude complète est disponible sur le site du GIRSEF

| 2/05/2013 |