Enseigner et chercher, deux activités si différentes

Les deux missions de base de l’université, l’enseignement et la recherche, sont aujourd’hui organisées dans des structures communes. Elles ont pourtant des spécificités qui plaident en faveur d’une différenciation de leur gestion.

Enseigner et chercher sont les deux missions qui fondent l’université. Sa troisième mission, le service, découle des deux premières. Les structures de l’institution doivent donc d’abord être pensées en fonction des deux missions de base. Dans le domaine médical, elle doivent aussi intégrer le service clinique, ce qui est d’ailleurs le sens du projet de création, à Woluwé, des départements hospitalo-facultaires.

Deux types de structures peuvent être envisagés pour les deux missions de base : des structures communes, qui servent en même temps à la gestion de l’enseignement et de la recherche, et des structures différenciées, qui gèrent chacune à leur façon la mission qui leur est assignée.

Entités très diverses

Le système actuel de l’UCL est celui des structures communes. S’il a depuis longtemps fait ses preuves – la renommée de notre université en témoigne suffisamment —, il n’en pose pas moins une série de difficultés. La première est la grande diversité d’entités qu’il crée. La notion d’entité d’enseignement recouvre en effet des réalités aussi différentes que les organes de gestion des diplômes, les facultés, les départements, les instituts, et quelquefois les unités. Les entités de recherche, elles, peuvent aussi bien prendre la forme d’un département ou d’une unité que celle d’un centre de recherche, d’un centre d’études ou d’un institut. Autre exemple : les départements sont tantôt des entités d’enseignement, tantôt des entités de recherche, tantôt les deux à la fois.

Les facultés et les départements constituent des frontières qu’il est devenu difficile de franchir. Les activités qui souhaitent dépasser ces frontières doivent trouver place dans des entités créées ad hoc, en dehors des facultés et des départements, sous des labels aussi variés qu’instituts, centres, entités interfacultaires, entités hors facultés, etc. Autre point, et non des moindres : la multiplicité des microstructures consommatrices de ressources rend le système coûteux.

Plus généralement, le système actuel ne répond plus aux besoins. Basé sur une approche disciplinaire, il est dépassé tant par la logique d’enseignement que par la logique de recherche, toutes deux orientées vers l’interdisciplinarité. À certains endroits, la structure départementale est devenue un frein à un regroupement interdisciplinaire.

Dernier problème : le système donne une importance excessive aux heures de cours. Dans la majorité des cas, et malgré les recommandations des autorités académiques, le cadre et l’ouverture des postes sont conditionnés par les heures de cours à prester, la recherche trouvant place une fois que la mission d’enseignement a été garantie. Ce qui entraîne deux effets pervers : une inflation des heures de cours (alors qu’on cherche justement à réduire leur nombre) et une influence trop forte de la matière enseignée sur les projets de recherche.

Une structure de type matriciel

Tous ces problèmes amènent donc à préconiser la mise en place de structures différenciées. Des structures qui permettront de gérer l’enseignement et la recherche selon leur spécificité, tout en maintenant le lien entre les deux. Ce lien est essentiel car il fonde l’identité de l’université. Il sera assuré par les personnes grâce à une structure de type matriciel. Dans ce type de structure, l’individu preste dans une ou plusieurs entités d’enseignement et effectue ses recherches dans une, ou éventuellement plusieurs, entités de recherche. Ceci le rend à la fois plus «mobile» et davantage vecteur d’échanges.

Un système différencié comporte bien des avantages, mais entraîne aussi des défis. Le premier des avantages est la clarification : une distinction claire est établie, en structures et en gestion, entre l’enseignement et la recherche. Le deuxième avantage est la possibilité de mettre en place une gestion adaptée aux réalités de chaque activité. Ainsi, par exemple, la temporalité, longue, de l’enseignement (les programmes ne varient que lentement) n’est pas la même que celle de la recherche, qui évolue rapidement. De même, les normes d’évaluation et les publics-cibles des deux activités sont différents. La distinction entre enseignement et recherche permet aussi d’intégrer plus facilement des entités extérieures ou d’effectuer des rapprochements (notamment dans le cadre de l’Académie) et de mieux gérer des partenariats. Enfin, en introduisant plus de mobilité et de souplesse, il favorise l’interdisciplinarité.

Trois défis

Parmi les défis que comporte la mise en place de structures différenciées, trois doivent être relevés : le risque de multiplication des structures, le passage au second rang de la mission d’enseignement et l’éclatement de l’université.

La multiplication des structures pourra être évitée par le respect de certains principes simples comme la suppression des entités de recherche limitées à une personne ou la réduction du nombre de programmes. Le système matriciel ne créera de toute façon aucune nouvelle structure ; il réorganisera les structures actuelles d’une manière plus rationnelle.

Les structures différenciées pourraient aussi entraîner un effet de déresponsabilisation des académiques par rapport aux questions d’enseignement, voire permettre l’apparition de deux types de carrières académiques. Pour éviter cela, il sera indispensable de garder à l’esprit que toute charge académique comprend nécessairement des tâches d’enseignement. Le Projet académique individuel (PAI) sera l’outil qui assurera que les charges d’enseignement soient réparties de manière harmonieuse et correspondent aux besoins collectifs. Le principe doit être réaffirmé clairement : à l’UCL, enseignement et recherche figurent sur un même pied.
Enfin, l’atteinte à la cohésion de l’université pourra être évitée en mettant en place des mécanismes de coordination et des normes de gestion communes pour l’université. Mécanismes et normes qui, sans imposer un modèle unique qui risque de ne pas correspondre aux besoins spécifiques, assureront la cohérence du système.

| 2/06/2006 |