Elles stimulent la créativité des enseignants et la motivation des étudiants. C’est certain: les nouvelles technologies ont le vent en poupe! Dans le domaine de l’enseignement des langues aussi. Encore faut-il bien cadrer les usages.
 |
Grâce au web, les étudiants peuvent converser ‘réellement’ dans une langue étrangère,
même si leurs conversations restent virtuelles… |
Enseigner les langues avec le Web 2.0, TICEr des liens», tel était le thème de la Journée Langues organisée par l’Institut des Langues Vivantes (ILV), le 24 mai à Louvain-la-Neuve. Une thématique plus que jamais d’actualité à l’UCL (lire cicontre). Les nouvelles technologies envahissent le monde de l’enseignement. Tout bénéfice pour l’étudiant qui progresse plus rapidement.
«Dans un cours traditionnel, lors d’exercices pratiques, l’étudiant simule un dialogue, du coup la communication reste un peu figée et ne reflète pas la réalité», explique Christian Ollivier, enseignantchercheur en didactique du français à l’Université de La Réunion (France), un des experts invités le 24 mai. «Or, lors d’une véritable conversation, l’interlocuteur à qui je m’adresse va d’emblée déterminer la manière dont je vais m’exprimer, le vocabulaire que je vais utiliser. C’est pourquoi, le web 2.0 - social et interactif - est intéressant: il offre de multiples tâches possibles au cours desquelles les étudiants peuvent s’adresser à d’autres personnes… bien réelles même si elles restent ‘virtuelles’». Parmi les tâches possibles? Produire et publier un texte sur Wikipédia, par exemple. «Chacun de mes étudiants a rédigé un texte de présentation de sa ville d’origine dans la langue apprise. Très motivés par l’utilité de cet exercice, ils étaient enthousiastes à l’idée de publier leur texte sur la toile.»
Un expert à la disposition des étudiants
Dans ce contexte, le rôle de l’enseignant évolue: détenteur du savoir et évaluateur, il devient un facilitateur, un expert à la disposition des étudiants. «La moitié des élèves m’a demandé de réviser le texte avant publication. Il n’était pas question de mettre une note car l’évaluation s’effectue, en ligne, par les internautes et, dans notre cas, par les wikipédiens…».
Si le web 2.0 regorge de possibilités, il est parfois difficile de s’y retrouver. «Des formations sont nécessaires afin de faire découvrir aux enseignants le potentiel et surtout la manière de cadrer et préparer le cours au préalable», souligne le chercheur. Sur le plan pratique, les tâches peuvent être réalisées hors connexion. Pour autant qu’elles soient bien préparées auparavant.
Quant à l’évaluation par les pairs, elle pourrait être considérée comme légère, voire peu crédible. «Mais l’idée dans l’apprentissage d’une langue n’est pas d’atteindre la perfection», souligne Christian Ollivier. L’important est d’être capable d’établir un contact, de se faire comprendre et d’utiliser la langue dans un contexte réel où l’évaluation a lieu… en permanence.»
Certes, l’usage du web 2.0 présente de nombreux avantages, il reste cependant complémentaire. L’apprentissage d’une langue recouvre de multiples dimensions. Celles des émotions et des affects par exemple. Un domaine de recherche qui faisait l’objet d’une première rencontre internationale interdisciplinaire ce 31 mai à l’ILV.
Xavière Lucas
 |
Christian Ollivier : «Pour apprendre une langue,
le web 2.0 offre de multiples tâches possibles»
|
Partager les pratiques et nourrir la réflexion
Des journées de réflexion pédagogique et de partage de pratiques sont organisées à l’ILV depuis de nombreuses années. «Destinées aux enseignants des différents départements de l’ILV, elles se sont étendues aux collègues de l’Académie Louvain», explique Philippe Neyt, directeur de l’ILV. Depuis cette année, ces journées sont ouvertes à l’ensemble des enseignants de langues des universités. En mutualisant les ressources, des projets de plus grande envergure peuvent être développés. Quant au choix du thème (les TICE dans l’enseignement des langues), «il se justifie par le double constat de l’engouement croissant (des étudiants et des enseignants) pour le recours aux nouvelles technologies et la valeur ajoutée qu’elles peuvent apporter».
www.uclouvain.be/ilv