Colloque international KIERKEGAARD 24-26 avril 2013

Colloque organisé à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Kierkegaard pour analyser son influence sur la phénoménologie française.

Kierkegaard et la philosophie française : bilan et prospective

Organisateurs : Jean Leclercq, avec Joaquim Hernandez-Dispaux, Grégori Jean, et Nicolas Monseu

Institut Supérieur de Philosophie à Louvain-la-Neuve, 24-26 avril 2013

Contact : jean.leclercq@uclouvain.be

Colloque organisé avec le soutien du FNRS et de Wallonie-Bruxelles International

Présentation

La philosophie française des années 1930 se trouve marquée par une double réception : celle de la phénoménologie allemande — Husserl, Heidegger, mais aussi Scheler ou Jaspers — et celle de la pensée de Kierkegaard. Or, davantage encore que d’une double réception, il serait plus juste de parler ici d’une réception conjointe : non seulement parce qu’à bien des égards, elles sont toutes deux assurées par les mêmes auteurs — que l’on pense ici, malgré le caractère divergent de leurs lectures, à J. Wahl et à L. Chestov —, mais aussi parce que la phénoménologie allemande elle-même, au moins sur son versant post-husserlien, revendiquait ouvertement l’héritage kierkegaardien, autorisant voire encourageant ce rapprochement.

Une telle configuration historique — qu’il s’agirait bien entendu de détailler — jetterait ainsi une lumière non négligeable sur l’acte de naissance de la phénoménologie française.
Non seulement parce qu’elle permettrait de comprendre pourquoi, dans la décennie suivante, elle allait se lier, via J. Wahl lui-même mais aussi via J. Hyppolite, à une certaine réception « existentielle » de Hegel, et se trouver dominée par la figure de l’existentialisme dont tant le geste philosophique propre — la « philosophie de l’existence » — que les thèmes-clés — l’angoisse, la situation, la liberté, la transcendance — seront finalement davantage kierkegaardiens que heideggériens ; mais aussi parce qu’elle rendrait a contrario possible une série de questions nouvelles susceptibles d’intéresser, dans un même mouvement, tant l’avenir de la phénoménologie qu’une partie plus méconnue de son histoire.
En 1961, en effet, la percée phénoménologique accomplie par E. Lévinas dans Totalité et infini, et la lecture fondamentalement critique qu’il y propose de ses prédécesseurs, s’accompagne d’une prise de distance tout aussi fondamentale à l’égard de Kierkegaard qui, aussi laconique qu’elle soit, fournit dans sa formulation même comme un condensé du geste lévinassien : « Ce n’est pas moi qui me refuse au système, comme le pensait Kierkegaard, c’est l’Autre ».
Deux ans plus tard, dans L’essence de la manifestation, et de manière non moins déterminante, c’est bel et bien de Kierkegaard que se revendique M. Henry, mais d’un Kierkegaard dont il refuse toute compromission avec le traitement qu’en proposait ce qu’il allait bientôt nommer la « phénoménologie historique » : s’opposant au diagnostic formulé dans Sein und Zeit d’un déficit ontologique de la théorie kierkegaardienne de l’existence, Henry note que, « parce que la détermination de l’existence […] s’élabore en fait chez Kierkegaard […] à partir de la structure interne de
l’immanence et en elle, elle ne revêt pas seulement une signification ontologique, “existentiale”, manifeste, mais présuppose encore une conception de l’ontologie radicalement différente de celle des Grecs et de Hegel comme de Heidegger lui-même ». Ainsi, de même que l’introduction de la phénoménologie en France, dans les années 1930, s’était trouvée surdéterminée par celle de Kierkegaard, de même son renouvellement, à l’orée des années 1960 et dans une sorte de « répétition » de ce geste inaugural, s’opérerait au prisme d’une redéfinition en profondeur de la nature, du sens et de la portée de la dimension « phénoménologique » de l’œuvre kierkegaardienne.
Aussi l’histoire de la phénoménologie française, et jusque dans ses « moments » déterminants, serait-elle habitée, voire hantée, par une pluralité de figures de Kierkegaard, plus ou moins convergentes. Nous voudrions inviter les contributeurs de ce colloque à interroger, sur un mode à la fois historique, thématique et prospectif :
1/ Certains moments — ou auteurs et penseurs — déterminants de cette histoire complexe dont nous avons indiqué les grandes lignes ;
2/ La manière dont la tradition phénoménologique française, dans son acte de naissance comme dans celui de son « recommencement », s’est donnée les moyens d’hériter, mais au prix de quelles sélections, distorsions voire déviations, d’un certain nombre de « thèmes » kierkegaardiens — et par là même, de différentes figures, qui ne sont pas nécessairement compatibles, de Kierkegaard.
3/ Le mode sur lequel la phénoménologie d’expression française, dans ses paradigmes contemporains, hérite à son tour, dans sa fidélité ou son infidélité à l’égard de ces deux moments déterminants de son histoire, de la pensée de Kierkegaard, en insistant sur sa fécondité potentielle, eu égard à l’avenir de la phénoménologie.

Programme

Mercredi 24 avril après-midi
 
14h30   Accueil des congressistes
15h00   Jean LECLERCQ, Introduction et présentation de la rencontre
15h15   Yves MEESSEN, Maître de conférences à l’Université de Metz : « Eckhart et Kierkegaard : la Percée et l'Instant ».
16h15   Andrea BELLANTONE, Institut Catholique Paris et Università di Messina : « Le choix en phénoménologie : Hegel ou Kierkegaard ».
17h15   Pause
17h45   Jacques COLETTE, Professeur émérite de l’Université Paris I Panthéon – Sorbonne : « Kierkegaard et les figures phénoménologiques de l'appropriation et du rapport à soi ».
18h45   Fin des travaux - Repas des conférenciers
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Jeudi 25 avril en matinée
 
09h30   Nicolas de WARREN, Professeur à la Katholieke Universiteit Leuven : « Le Kierkegaard de Vladimir Jankélévitch ».
10h30   Nicolas MONSEU, Professeur à l’Université de Namur et à l’Université Catholique de Louvain : « Absurde et création : Kierkegaard et la philosophie existentielle de Léon Chestov ».
11h30   Pause
12h00   Simon BRUNFAUT, Collaborateur scientifique au Fonds Michel Henry, Université Catholique de Louvain : « ‘‘Devons-nous définir le concept d'existence ?’’ : Jean Wahl avec Kierkegaard ».
13h00   Lunch
 
Jeudi 25 avril après-midi
 
14h30   Hélène POLITIS, Professeur émérite de l’Université Paris I Panthéon – Sorbonne : « Phénoménologie et transcendance : Lévinas interprète de Kierkegaard ».
15h30   Joaquim HERNANDEZ-DISPAUX, Aspirant au FRS/FNRS, Université Catholique de Louvain : « Phénoménologie, existentialisme, nihilisme : Kierkegaard et Henry ».
16h30   Pause
17h00   Philippe GROSOS, Professeur à l’Université de Poitiers : « La possibilité de l'impossible : Maldiney lecteur de Kierkegaard ».
18h00   Vincent DELECROIX, Maître de conférences à l’École Pratique des Hautes Études, Paris : « L’approche kierkegaardienne du témoignage et la “greffe herméneutique” de la phénoménologie française ».
19h00   Fin des travaux
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Vendredi 26 avril en matinée
 
09h30   Carla CANULLO, Professeur à l’Université de Macerata : « La temporalité possible : une lecture phénoménologique de Kierkegaard ».
10h30   Jérôme de GRAMONT, Maître de conférences à l’Institut Catholique de Paris : « Kierkegaard : une phénoménologie du don ? ».
11h30   Grégori JEAN, Chercheur FRS/FNRS, Université Catholique de Louvain : « Kierkegaard et le problème de la vérité dans la phénoménologie française ».
12h30   Lunch
 
Vendredi 26 avril après-midi
 
14h00   Sébastien LAOUREUX, Professeur à l’Université de Namur : « ‘‘L'instant de la décision est une folie’’. Derrida lecteur de Kierkegaard. ».
15h00   Christophe PERRIN, Chercheur FSR-Marie-Curie, Université Catholique de Louvain : « L’édification de l’amour. S. Kierkegaard et J.-L. Marion ».
16h00   Jean LECLERCQ, Professeur à l’Université Catholique de Louvain : « La philosophie cette ‘‘nourrice sèche de la vie’’ (J.AA.47). Lire Kierkegaard aujourd’hui »
16h45   Fin des travaux