Bientôt l'apocalypse? Carte blanche à Arnaud Join-Lambert


Si vous lisez ce texte, soyez heureux car c'est peut-être la dernière "Carte blanche" publiée par la bibliothèque ! Espérons cependant que vous pourrez y revenir le 22 décembre prochain, après la "fin du monde" prévue le 21-12-2012 ! À l'UCL en tout cas, le groupe de recherche Cinespi s'est penché sur la question.

Ce groupe rassemble des spécialistes universitaires de différentes disciplines (cinéma, théologie, communication audiovisuelle, philosophie, art, etc.) passionnés par le 7e art. La sortie du film 2012 a inspiré au groupe le thème de son 3e Festival international de "cinéastes et spiritualités" : l’Apocalypse.
 
Apocalypse

Ce choix fut contemporain de la sortie de l’ouvrage : Los imaginarios apocalípticos en la literatura hispanoamericana contemporánea édité par Geneviève Fabry, Ilse Logie et Pablo Decock chez Peter Lang, preuve si besoin de l’actualité du thème y compris à l’université.

Du 11 au 16 octobre 2010, le festival a donné lieu à deux pièces de théâtre, à la projection d’une trentaine de films et à un 1er Colloque international de recherche : "Représentations de l'Apocalypse au cinéma entre angoisse et dévoilement".

Ce colloque a conduit à la publication d’un ouvrage codirigé par Arnaud Join-Lambert, Serge Goriely et Sébastien Fevry : L’imaginaire de l’apocalypse au cinéma (Harmattan, 2012). 

Le groupe Cinespi a également décidé de continuer à travailler la question apocalyptique à partir de l’article de Sébastien Fevry : Cinéma et apocalypse. Une mise en perspective tirée de cet ouvrage (p. 21-32). S. Fevry y aborde avec maestria l’apocalypse au cinéma à partir de trois catégories : le récit, l’image et le spectacle.

Basé sur la fin d’un cycle d’un calendrier Maya, le long métrage 2012 annonce la fin du monde pour le 21 décembre prochain. Si la découverte d’un calendrier sur une fresque en 2010 (l’archéologue William Saturno, dans Science le 11 mai 2012) invalide cette "prophétie", il reste que les films sur la fin du monde servent de catharsis en canalisant et en exprimant les angoisses profondes de nos contemporains. Ils entretiennent, infléchissent et nourrissent l’imaginaire collectif dans sa dimension dramatique, traumatique et brutale.

Sébastien Févry
Sébastien Févry
© L'Appel

Cinespi
Serge Goriely et Arnaud Join-Lambert
© UCL - La Quinzaine

Par l’humour (Docteur Folamour de Stanley Kubrick) ou l’esthétique (Leçons de ténèbres de Werner Herzog), certains cinéastes peuvent faire prendre conscience de la dimension personnelle de l’Apocalypse, d’une manière parfois beaucoup plus efficace que la violence des images. D’autres cinéastes ont abordé la dimension intime des apocalypses, passages de vies emportées dans les tempêtes de l’histoire (le bouleversant The secret life of words d’Isabel Coixet), et révélation d’un "après" possible.

Car l’Apocalypse n’est pas d’abord une catastrophe, c’est une révélation positive, l’émergence de la nouveauté, la réalisation d’une promesse. Certains cinéastes, comme Andreï Tarkovski ou Krzysztof Kieślowski l’ont bien compris. Par la "mise à nu" (selon l’étymologie du terme) des personnes dans des situations hors du commun, la révélation des sentiments et des croyances s’opère.

L’Apocalypse ne s’arrête pas au 20e chapitre du dernier livre biblique. Qu’il suffise d’évoquer la figure de la "Jérusalem nouvelle" du chapitre 21… Le lendemain fait partie intégrante de l’Apocalypse. Ce n’est pas seulement quand tout s’écroule, c’est aussi ce qui se révèle pendant et qui advient après.

 

Join-Lambert
Engagé notamment pour développer la dimension empirique de la théologie, Arnaud Join-Lambert est professeur de théologie pastorale et de liturgie et responsable du bachelier en sciences religieuses et de la mineure en théologie de la Faculté de théologie. Il y coordonne le nouveau Centre universitaire de théologie pratique (CUTP). Il est également membre de l’Institut Religions, Spiritualités, Cultures, Sociétés de l’UCL, directeur du Groupe de recherche Cinespi et directeur du Groupe de recherche en théologie pratique.

| contact : Geneviève Bricoult | 14/12/2012 |