Le Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme : carte blanche à Philippe Cornu

Pourquoi un spécialiste européen du bouddhisme se lance-t-il seul, en référence avec quelques collègues, dans la rédaction d’un dictionnaire du bouddhisme? Cette tentative a priori un peu folle, mais couronnée de succès, a été motivée par la nécessité de fournir, en langue française, un outil de référence inexistant jusqu’alors et suffisamment universel pour comprendre le bouddhisme.

Dictionnaire du bouddhismeEn effet, pour faire comprendre une pensée, il faut la traduire. Pour la traduire, il faut la comprendre… C’est le cercle herméneutique. La compréhension d’une pensée implique donc un travail sur les termes et les concepts utilisés. La traduction des textes bouddhiques en français et dans les langues européennes a commencé il y environ deux siècles (par exemple Le Lotus de la bonne loi d’Eugène Burnouf, 1852, Imprimerie nationale). Les premiers traducteurs ont emprunté leur vocabulaire au christianisme occidental et à la métaphysique, ce qui a parfois induit de fausses compréhensions et de mauvaises habitudes. Au lieu de partir de soi pour comprendre l’autre, il faut tenter de comprendre l’autre comme il est. De plus, chaque traducteur a travaillé de son côté, sous l’influence de sa « chapelle » ou, plus tard, de son maître. Dans le contexte du développement et de l’implantation anarchique du bouddhisme en Occident, il n’y a jamais eu de véritable entreprise de systématisation. Commencé en 1929 et toujours en cours de parution, le très érudit dictionnaire encyclopédique Hōbōgirin se limite malheureusement aux sources chinoises et japonaises du bouddhisme.

Face à ces multiples tentatives de traduction, le pauvre lecteur, habitué à un style, est obligé de plonger dans dix ouvrages différents pour comprendre un terme et, le plus souvent, ne s’y retrouve pas ! Confronté à la même difficulté, P. Cornu a décidé de réaliser lui-même un dictionnaire avec le soutien des éditions du Seuil et du Centre national du livre. L’intérêt de l’ouvrage ne se dément pas : deux éditions successives sont parues, en 2001 et, augmentée, en 2006. Actuellement, la dernière édition continue de se vendre à 500 ou 600 exemplaires par an.

Conçu sous forme encyclopédique, le dictionnaire offre de nombreux renvois entre les différents articles, car les notions présentées sont liées entre elles. Le contenu se répartit, de manière équilibrée, entre les différents bouddhismes et aborde, à la fois les aspects historiques, les personnalités, les grands courants : écoles et philosophies, les notions philosophiques, l’art bouddhique et les pratiques spirituelles.

 

CornuDepuis 2010, Philippe Cornu enseigne l’histoire des religions, le bouddhisme et l’hindouisme à la Faculté de théologie de l’UCL.
Il est membre de l’Institut Religions, Spiritualités, Cultures et Sociétés où il anime un séminaire de recherche sur le bouddhisme. En 2011-2012, dans le cadre de l’Institut et de la Chaire Satsuma, il a assuré un séminaire sur l’esprit et la nature de l’esprit. En 2012-2013, dans le prolongement du précédent, il propose un séminaire sur « Les états intermédiaires de l'esprit : vie, rêve, mort et libération selon le bouddhisme indo-tibétain ».

Il est également chargé de cours en anthropologie religieuse (bouddhisme) à l'INALCO (Institut national des Langues et civilisations orientales).

Depuis une dizaine d’années, il est président de l’Institut d'Études Bouddhiques (IEB), anciennement l'Université bouddhique européenne (UBE). Institut d'étude et d'enseignement indépendant, l’IEB réunit des enseignants qui disposent d'une double formation, universitaire et bouddhiste traditionnelle, chacun d'eux se rattachant à l'une des principales écoles présentes en Europe. Ce double point de vue permet d'aborder le bouddhisme dans ses dimensions aussi bien spirituelle et universelle qu'historique et sociologique, et de mieux comprendre la formation et l'expression de la doctrine et des pratiques des écoles bouddhistes actuelles. En ce sens, le projet vise à combler un hiatus entre le côté "confessionnel" des centres bouddhistes et l’approche universitaire. L’IEB publie aussi une revue rédigée par des universitaires, Les Cahiers bouddhiques, dont sept numéros sont parus jusqu’à ce jour.

P. Cornu participe également au Groupe de recherches sur le bouddhisme contemporain (GRBC), laboratoire de l’Institut de science et de théologie des religions (ISTR-Theologicum) à Paris. Le GRBC regroupe des chercheurs chrétiens et des chercheurs bouddhistes (membres de l’IEB) qui, dans un esprit de dialogue, étudient la compréhension, l’implantation et l’adaptation des traditions bouddhiques en Occident et organise des rencontres et un colloque annuel.

Habité depuis l’enfance par la question du sens et de l’origine de la vie, P. Cornu évoque son parcours et sa formation dans l’entretien accordé à Didier Luciani en 2009 (LUCIANI Didier (propos recueillis par), Portrait : le Professeur Philippe Cornu. Interview, dans Bulletin de la Fondation Sedes Sapientiae, 28 (juin 2011), p. 8-10). De la pharmacie au doctorat en ethnologie, il est devenu un spécialiste européen du bouddhisme.

Attiré par les religions d’Asie et les spiritualités orientales, il a choisi d’approfondir le bouddhisme en raison de son universalité, à la différence de l’hindouisme et du taoïsme, davantage liés à des structures sociales et culturelles. Dans sa compréhension du bouddhisme, P. Cornu allie l’approche livresque et la pratique de l’éthique et de la méditation dans le cadre du bouddhisme tibétain.
Sa formation en ethnologie lui permet de sortir d’un regard purement confessionnel et de distinguer, dans le bouddhisme, ce qui appartient à la culture tibétaine, chinoise ou autre de ce qui relève de son essence même. Une « observation participante » selon ses propres termes…
Sa maîtrise du tibétain l’habilite à travailler directement dans les textes et à ne pas rester seulement tributaire des enseignements oraux qu’il juge cependant cruciaux pour l’intelligence interne du bouddhisme. Depuis de nombreuses années, en coopérant avec des maîtres traditionnels, il exerce des activités de traduction de textes tibétains en français et d’ouvrages sur le bouddhisme de l’anglais au français. Il a notamment traduit du tibétain :

  • La Liberté naturelle de l’esprit de Longchenpa : texte mystique paru dans la collection "Points. Sagesses", n° 66 au Seuil en 1994 ;
  • Le Miroir du cœur, tantra du Dzogchen, traduction commentée parue dans la collection "Points Sagesses", n°82 au Seuil en 1995;
  • Padmasambhava, la magie de l’éveil, traduction et commentaires parus dans la collection "Points Sagesses" n°116 au Seuil en 1997;
  • Soûtra du Diamant et autres soûtras de la voie médiane, avec P. Carré, dans la collection "Trésors du bouddhisme" chez Fayard en 2000;
  • Le Soûtra du dévoilement du sens profond, Sandhinirmocânasûtra, dans la collection "Trésors du bouddhisme" chez Fayard en 2005;
  • Cinq traités sur l’esprit seulement de Vasubandhu : texte philosophique paru dans la collection "Trésors du bouddhisme" chez Fayard en 2008 ;
  • Le Livre des morts tibétains, traduit, présenté et commenté par dans son contexte originel, chez Buchet-Chastel en 2009.

Il est également l’auteur du Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme, paru aux éditions du Seuil et qui faire référence dans le domaine.

 

| contact : Geneviève Bricoult | 19/11/2012 |