La recherche sur Vatican II : carte blanche à Joseph Famerée


Le 11 octobre 2012 marque le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II (1962-1965). À cette occasion, Joseph Famerée propose quelques pistes pour étudier aujourd’hui ce grand évènement de l’Église catholique au 20e siècle.
 
À ce jour, l’enseignement du Concile Vatican II constitue le dernier, le plus solennel et le plus autorisé de l’Église catholique. Il reste donc une référence incontournable pour la vie et la réflexion théologique du monde catholique. Cet évènement marquant parait cependant bien lointain pour les jeunes générations. Aussi est-il nécessaire de leur permettre de se le réapproprier.

Le Concile est avant tout un évènement multiforme, complexe, qui ne se limite pas à des textes. C’est pourquoi il faut l’étudier non seulement d’un point de vue théologique, mais aussi d’un point de vue historique, pour mesurer la richesse de cet évènement qui a réuni et mis en dialogue, à Rome, quelque 3.000 personnes (évêques, supérieurs de congrégations religieuses, théologiens et observateurs non catholiques).

Depuis plus de 20 ans, des historiens ont le souci de reconstituer et d’étudier cette page d’histoire. L’histoire scientifique de Vatican II est servie par de nombreuses sources. C’est à partir de ces documents qu’il faut exercer une interprétation rigoureuse de ce qui s’est vécu au Concile.

La grande Histoire du Concile Vatican II (1959-1965) publiée en français en 5 volumes au Cerf par Giuseppe Alberigo est le fruit d’une collaboration internationale d’historiens et de théologiens. Même si elle est forcément incomplète, cette histoire reste, à ce jour, la première et la seule histoire véritablement scientifique du Concile. Toutefois, eu égard au nombre de documents disponibles et parfois nouveaux, ce travail est à poursuivre, à reprendre et à compléter.

Les sources disponibles sont à la fois officielles et privées
Les quelque soixante volumes des Acta Synodalia constituent les actes officiels (anté-préparatoires, préparatoires et proprement conciliaires) du Concile Vatican II. On y trouve tous les vœux et souhaits des Pères conciliaires avant l’évènement, ainsi que leurs différentes interventions orales et écrites au Concile. En effet, tout ce qui s’est dit dans la basilique Saint-Pierre de Rome au cours des congrégations générales a été enregistré. Seule condition pour pouvoir lire cette documentation considérable : connaitre le latin ! En effet, ce fut la langue utilisée par les Pères.

Vatican II

De gauche à droite, Mgr C. Moeller, Mgr G. Philips et Mgr G. Thils pendant le concile Vatican II à Rome
Photo : Service des Archives de l'Université

Le chercheur dispose également de toutes les sources et archives privées des théologiens ayant participé au Concile, souvent inédites et partiellement en latin, dont des journaux privés comme celui de l’exégète bénédictin Jacques Dupont. Conservées au Service des Archives de l’Université, les archives du Centre Lumen Gentium comportent de précieuses archives privées d’experts belges au Concile : Mgrs Albert Prignon, Gustave Thils, Charles Moeller, Henri Wagnon et Philippe Delhaye ainsi que François Houtart.

Des instruments facilitent aussi le travail, comme la synopse historique éditée en 1975 par Giuseppe Alberigo et Franca Magistretti (Constitutionis dogmaticae Lumen Gentium : synopsis historica) qui réalise une comparaison diachronique des états successifs de Lumen Gentium, et la Concordance éditée Philippe Delhaye, Michel Guéret et Paul Tombeur en 1974, qui relève la fréquence d’utilisation des termes latins originaux dans l’ensemble des textes conciliaires.

Le Concile a approuvé 4 constitutions, 9 décrets et 3 déclarations. Pour les théologiens, il est essentiel de lire et d’étudier ces seize documents, idéalement le texte en latin avec traduction française paru, par exemple, au Centurion en 1967 et réédité avec quelques corrections chez Bayard en 2002.

Pour interpréter ces grands enseignements du Concile, de nombreuses études scientifiques ont été publiées dès le lendemain de sa clôture. La collection « Unam Sanctam » dirigée par Yves Congar reprend des commentaires historiques et théologiques de presque tous les documents. S’y ajoutent certains commentaires particuliers comme, par exemple, L'Église et son mystère au IIe Concile du Vatican : histoire, texte et commentaire de la constitution Lumen Gentium de Mgr G. Philips, qui fut rédacteur principal de cette constitution.

Mais cette interprétation théologique des enseignements du Concile doit toujours être reprise, en fonction de l’apparition, au fil du temps, de nouveaux contextes culturels.

Ainsi, après la phase des premiers commentaires, les théologiens se sont attachés à la réception du Concile Vatican II dans la vie de l’Église catholique. Dans quelle mesure le concile y est-il encore reçu par la génération actuelle? Avec quelle profondeur ? Gilles Routhier y a consacré plusieurs études, en particulier La Réception d’un concile paru dans la collection « Cogitatio Fidei » en 1993.

Ont suivi d’autres types d’études proprement théologiques. L’herméneutique théologique du Concile et de son enseignement s’interroge sur la manière dont il a été interprété et compris par les catholiques, à différentes époques, depuis 50 ans. Une dernière étape significative de cette herméneutique a porté sur Vatican II comme « style » ou sur sa manière de faire de la théologie et de se rapporter au monde. Dans l'ouvrage qu'il a dirigé, Vatican II comme style : l'herméneutique théologique du Concile (2012), J. Famerée estime que c’est ce style, plus que la lettre de ses enseignements, qui constitue la véritable originalité du Concile.

L’étude à la fois théologique et historique du dernier concile général de l’Église catholique est d’autant plus indispensable que les acteurs de Vatican II ont presque tous disparu aujourd’hui et que son enseignement est contesté, voire rejeté, par certains groupes intégristes.

 

Joseph Fameree


À la Faculté de théologie, Joseph Famerée enseigne la théologie dogmatique, plus spécialement l’ecclésiologie, l’œcuménisme et la théologie orientale. Depuis le 1er septembre, il y exerce la fonction de doyen.

Il est également membre de l’Institut Religions, Spiritualités, Cultures et Sociétés. Ses recherches actuelles portent essentiellement sur le Concile Vatican II et les dialogues œcuméniques, en particulier avec les orthodoxes.

Il a passé l’année 1994 dans le monde orthodoxe, d’abord six mois en Grèce, à l’Université de Thessalonique, puis quatre mois aux États-Unis, au St Vladimir’s Orthodox Theological Seminary où ont enseigné les grands théologiens orthodoxes du 20e siècle comme Georges Florovsky (1893-1979), Alexandre Schmemann (1921-1983) et Jean Meyendorff (1926-1992

Depuis 2004, J. Famerée est membre du Groupe des Dombes, acteur dans le dialogue œcuménique entre catholiques et protestants. Ce Groupe a été fondé en 1937. À la fin de chaque été, une quarantaine de théologiens catholiques et protestants se réunissent une semaine pour prier et réfléchir à l’abbaye de Pradines (jusqu'en 1998, ces rencontres annuelles étaient organisées à la Trappe Notre-Dame des Dombes qui a donné son nom à cette association).

En septembre 2011, il a été élu Président de l’Académie Internationale des Sciences Religieuses (AISR).


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| contact : Geneviève Bricoult | 14/09/2012 |