Nanotoxicologie : édicter des règles standards

recherche sur nanomatériaux
Des chercheurs du LTAP publient un article sur les dangers et risques des nanomatériaux dans la revue Nature Nanotechnology. Ils y soulignent la nécessité de focaliser les efforts de recherche en nanotoxicologie.

L'utilisation des nanomatériaux est de plus en plus répandue dans les milieux industriels et de la recherche. Mais que sait-on réellement sur les risques liés à leur utilisation? Pas encore grand-chose.

«Malgré d’importants budgets et efforts consacrés pratiquement partout dans le monde, explique le Pr Dominique Lison du Louvain Centre for Toxicology and Applied Pharmacology (LTAP), nous avons l’impression de ne pas en savoir beaucoup plus sur les dangers et les risques des nanomatériaux. C’est pourquoi nous voulions objectiver cette impression.» Le Dr Françoise Schrurs y a consacré son mémoire de master complémentaire en médecine du travail. Elle a voulu objectiver ce déficit et souligner la nécessité de focaliser les efforts de recherche pour mieux appréhender les risques et dangers des nanos.

Pour son analyse, l'étudiante a sélectionné 38 papiers scientifiques consacrés aux nano-silices (un groupe de nanomatériaux) pour voir s'il était possible de tirer des conclusions en intégrant les informations de toutes ces publications. Résultats? Impossible de comparer les différentes études entre elles tant les méthodes, les matériaux et le vocabulaire utilisé diffèrent. Une évaluation du risque est donc impossible sur base des données publiées actuellement.

Sa recommandation? S'inspirer des règles appliquées en toxicologie conventionnelle pour mettre de l'ordre dans la manière dont les études sont réalisées.
«Beaucoup de scientifiques qui étudient les nanomatériaux n'ont pas vraiment de formation de base en toxicologie, confirme le Pr Lison. Il faudrait pouvoir revenir aux fondamentaux de la discipline, appliquer des bonnes pratiques et surtout disposer d'un agenda stratégique validé par tous les intervenants (chercheurs, industriels, instances réglementaires). C'est pourquoi, dans cette étude, nous plaidons pour qu'une conférence internationale de consensus soit mise sur pied afin de clarifier les démarches, d'édicter des règles, des standards et nous invitons les acteurs industriels, les éditeurs de journaux scientifiques ainsi que les chercheurs à appliquer une telle démarche.»

Les résultats de cette recherche viennent d’être publiés dans la revue Nature Nanotechnology (impact factor 27.270). «Ce n'est vraiment pas fréquent qu'un mémoire d’une étudiante soit publié dans ce genre de publication de prestige» s'est réjoui son professeur.
 

| 30/08/2012 |