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Erri de Luca, en marge du campement
Né à Naples en 1950, le romancier et poète Erri de Luca se déclare athée. Cependant la Bible traverse toute son œuvre littéraire. Son dernier roman, "E Disse" ("Et il dit") offre une lecture à la fois moderne et mystique du Décalogue (Ex. 34, 28 ; Deut. 4, 13).
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Déjà dans Montedidio, roman qui l’a fait connaitre et où il évoque son enfance napolitaine, atmosphère, images et paraboles évoquent le monde biblique.
La dernière phrase de Noyau d’olive, recueil de méditations poétiques inspiré des deux Testaments, témoigne de son corps à corps avec la Bible « Tant que, chaque jour, je peux rester, ne fût-ce que sur une seule ligne de ces Écritures, j'arrive à ne pas me défaire de la surprise d'être vivant ». Sa connaissance de l’hébreu et de l’araméen lui confère une grande proximité avec le texte en langue originelle.
La Bible habite aussi son œuvre poétique, comme dans L’œuvre sur l’eau paru en édition bilingue chez Seghers en 2002. « Je considère comme valeur toutes les blessures » écrit-il. Et encore : « Je considère comme valeur le voyage du vagabond, la clôture de la moniale, la patience du condamné, quelle que soit sa faute. ».
Dans Au nom de la mère, édité en 2006, Erri de Luca réussit à conjuguer une exégèse du récit de l’annonciation et de la nativité avec une approche spirituelle des personnages. Plus qu’un portrait psychologique, son tableau de la relation entre Marie et Joseph, par exemple, dégage une force étonnante.
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Son amour pour la montagne lui a inspiré Le Poids du papillon, où le face à face entre un chamois et le braconnier qui veut le tuer est aussi l’occasion d’évoquer le visage de Dieu.
Avec un rare talent, Et il dit revisite le Décalogue de l’intérieur. Bien au-delà d’un travail historique, philologique ou anthropologique, c’est d’expérience mystique dont il est question ici. Au pied de la montagne, le visage de Moïse, sa relation avec son frère, son épouse, son peuple, révèlent quelque chose d’Adonài. Dans un style épuré, de Luca renouvelle la lecture de chacune des « dix paroles ». Ainsi, loin de toute interprétation étriquée, « Tu ne seras pas adultère » (p. 75-77) pose la question de la fidélité au pacte d’alliance : « lo tinàf : le même verbe est employé pour un adultère de femme et de divinité ». Comme l’éditeur le souligne, le texte final offre une clé de lecture de toute son œuvre, entre l’intimité et la distance qu’il entretient avec le judaïsme : « Je partage le voyage du judaïsme, pas l’arrivée. Pas en terre promise, ma résidence est en marge du campement. » (p. 102).
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Références des ouvrages cités
Erri de Luca, Montedidio (Du monde entier), Paris, Gallimard, 2002 (également au format de poche, Folio, 3913, 2003, a obtenu le prix Femina étranger).
L’édition originale en italien est parue chez Giangiacomo Feltrinelli Editore (Milan) en 2001.
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Erri de Luca, Noyau d’olive (Arcades, 77), Paris, Gallimard, 2003 (également au format de poche, Folio, 4370, 2006).
Le titre original, Nocciolo d'oliva, est paru chez Giangiacomo Feltrinelli Editore (Milan) en 2002.
Erri de Luca, Œuvre sur l’eau. Opera sull'acqua (Poésie Seghers), Paris, Seghers, 2002.
Erri de Luca, Au nom de la mère, Paris, Gallimard, 2006 (également au format de poche, Folio, 4884, 2009).
Le titre original, In nome della Madre est paru chez Giangiacomo Feltrinelli Editore (Milan) en 2006.
Erri de Luca, Le Poids du papillon (Du monde entier), Paris, Gallimard, 2011.
Le titre original, Il peso della farfalla, est paru chez Giangiacomo Feltrinelli Editore (Milan) en 2009.
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Erri de Luca, Et il dit (Du monde entier), Paris, Gallimard, 2012.
Le titre original, E Disse, est paru chez Giangiacomo Feltrinelli Editore (Milan) en 2011.
Toutes les traductions françaises des œuvres citées sont de Danièle Valin dont on remarquera la fidélité à la poésie singulière du texte original.
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10/08/2012
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