Des romans "théologiques" pour l'été...

Burnet

Régis Burnet est professeur de Nouveau Testament à la Faculté de théologie et membre de l’Institut Religions, Spiritualités, Cultures, Sociétés (UCL). Il se joint à la bibliothèque pour proposer quelques lectures de vacances.
 
Vidal Gore, Création, Paris, Galaade Éditions, 1983, traduit de l’anglais par Brice Matthieussent.

En 445 avant notre ère, au temps des guerres médiques, Cyrus Spitama, petit-fils et héritier spirituel de Zoroastre, rédige ses mémoires. Ambassadeur des rois de Perse et grand voyageur, il a interrogé les penseurs de son époque sur une question : la manière dont les dieux ont créé le monde. Ainsi, de l’Inde à la Chine (ou « Catay »), il livre les représentations de la création des civilisations antiques.
Bien documenté, le livre restitue, de manière vivante et imagée, l’atmosphère de la cour de Perse et de la culture mazdéenne, au cœur de laquelle une partie du judaïsme s’est développé. La mise en scène des personnages permet au lecteur d’entrer en empathie avec eux et de comprendre leur motivation et la raison de leur croyance. C’est le miracle de la narration ! Ainsi, le roman offre de nouvelles perspectives sur la question de l’origine. Face à la conception d’une création parfaite voulue par Dieu mais confrontée à la réalité du mal, il ravive d'anciennes représentations, qui donnent à penser.

Né en 1925, Vidal Gore est un des plus grands écrivains américains contemporains. Le texte original de Création est paru en 1981 chez Random House (New York) et a été réédité depuis.

 Gore creation
Aylies corps 
Aylies Francis, Le corps du crime, Paris, Lattès, 2010.

Avouons-le, l’ambition théologique de ce roman excède parfois la technique et le style romanesque. Sur un ton polémique, l’auteur ouvre un débat sur les mouvements actuels qui traversent l’Église. Même si la réflexion n’est pas entièrement aboutie, ce livre engagé démontre à quel point certaines tensions peuvent tellement heurter qu’elles aboutissent à une vision manichéenne de la réalité. Habités d’une profonde inquiétude, les personnages témoignent de la capacité de fantasmer sur ceux et celles qui ne partagent pas le même point de vue, jusqu’à la caricature : un « intégriste » manipulateur, un « progressiste » ami des pauvres et deux frères répartis entre les camps ennemis.
En résumé, au cœur de l’été génois, ce polar théologique propose un voyage ethnologique dans les méandres d’une institution qui se cherche et qui, parfois, en souffre.

Francis Aylies est né au Pays Basque en 1962. Il est prêtre dans la région de Bordeaux.

Job Armel, La malédiction de l’abbé Choiron (Plumes du Coq), Neufchâteau, Weyrich, 2011.

Dans les années 50, d’origine modeste, Lucien Choiron devient prêtre sans vraiment l’avoir choisi. Après un bachelier à l’Université catholique, le vicaire général le prie d’interrompre sa formation pour remplacer un professeur latiniste au petit séminaire. Il ne reviendra jamais à ses chères études…
Quinze ans plus tard, l’abbé Choiron est nommé curé à Forgelez, dans les Ardennes. Dans un moment de colère, l’abbé prononce une phrase malencontreuse que ses paroissiens interprètent comme une malédiction quand un jeune homme est retrouvé mort. Que s’est-il passé ? Tout le village s’interroge… L’abbé Choiron terminera l’été en recevant un autre poste, aux archives de l’évêché.
Le style imagé de l’auteur fait merveille pour faire revivre cette époque. Sur les traces de l’abbé, le lecteur partage la vie quotidienne d’un village ardennais et d’une paroisse rurale dix ans avant Vatican II. Les amoureux du wallon regretteront peut-être un peu la traduction littérale, quoique fidèle, des expressions dialectales, heureusement précisées en note.

Armel Job est un écrivain belge de langue française né en 1948. La malédiction de l’abbé Choiron est un de ses premiers romans. L’édition de 2011 est augmentée de notes sur le parler wallon, d’une postface en dialogue avec Christian Libens et d’extraits du Bas clergé de Victor Enclin, qui a inspiré quelques traits du héros du livre.


Job Choiron 
 
Paasalinna bestial serviteur
Paasilinna Arto, Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen (Folio, 4815), Paris, Gallimard, 2010, traduit du finlandais par Anne Colin du Terrail.

« Il avait un doctorat en théologie, la charge d’une paroisse, le titre de doyen, une famille, ce chalet dans l’île. Ce n’était pas grand-chose. « Mais j’ai quand même aussi un ours. ». Belzéb, étendu aux côtés de son maître, regardait lui aussi la splendeur du soir ». (p. 40).

Le pasteur Oskari Huuskonen traverse une mauvaise passe. Sa foi vacille, son mariage bat de l'aile, ses prêches hérétiques lui attirent les foudres de l'Église. Comme si cela ne suffisait pas, il s’attache à un ourson orphelin, prénommé Belzéb, offert par ses paroissiens pour ses 50 ans. Il lui construit une tanière en prévision de l'hiver, l'y rejoint en compagnie d'une charmante biologiste, s'y adonne à des plaisirs peu platoniques. Il n'en fallait pas moins pour que la pastoresse et son évêque le congédient... Huuskonen et Belzéb entament alors un long périple qui les mènera de la mer Blanche à Odessa, Haïfa, Malte ou Southampton, en quête d'un sens à leur existence.
Désopilant et picaresque, ce roman se gausse de l’hypocrisie et du conformisme des institutions religieuses et des conventions sociales.

Né en 1942 en Laponie finlandaise, Arto Paasilinna est l’auteur d’une quarantaine de romans. Le texte original de ce livre est paru en finnois en 1995.

 

| 13/07/2012 |