Longévité de la crise ? Une mémoire collective différente

Carte de Belgique
Les souvenirs du passé peuvent influencer les relations au niveau politique. Une divergence de ces souvernirs entre communautés linguistiques pourrait expliquer, en partie, la longévité de la crise politique belge.
Ce travail scientifique a été mené par des chercheurs de diverses universités belges (UCL, ULB, UA et KULeuven) et coordonné par Olivier Luminet, professeur à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCL.

Les divergences de mémoire collective, entre francophones et néerlandophones, sont multiples : linguistiques, historiques et économiques.
- Les flamands acceptent mal que les francophones ne maîtrisent pas le néerlandais : cela ravive la mémoire vivace du mépris ressenti lors de la domination des élites francophones. Cela renforce également leur conviction que l’identité flamande doit être protégée.
- Les francophones acceptent mal l’expansion économique actuelle de la Flandre : cela les renvoie au souvenir d’une prospérité perdue.
- Le débat sur l’amnistie reflète également de profondes divergences au niveau de la mémoire collective : ce débat a eu dans de nombreux pays d’Europe, mais pas en Belgique où les francophones refusent toute discussion. Ce refus provoque chez certains néerlandophones de vifs sentiments d’injustice et semble renforcer certains aspects du nationalisme flamand.

L’important succès électoral de la N-VA en 2010 pourrait, en partie, avoir été guidé par ce ressentiment lié au passé. Les enjeux linguistiques et mémoriels ont beaucoup d’importance pour l’instant dans les choix électoraux en Flandre par rapport aux aspects idéologiques plus traditionnels qui opposent la gauche et la droite.

Ces différents exemples démontrent comment des mémoires collectives divergentes parmi les habitants des communautés linguistiques belges contribuent à façonner les émotions qu’ils éprouvent les uns à l’égard des autres. Cette incapacité à faire cohabiter des représentations divergentes du passé empêche les Belges aujourd’hui de développer une identité nationale forte et un sens clair d’appartenance commune.

En s’avérant inapte à offrir des pistes permettant d’intégrer toutes les pages du passé national, les autorités politiques belges ont laissé subsister et même s’épanouir au sein de la population des sentiments de dépit et de rancune. Pour palier à cette absence d’identité commune, l’Etat belge devrait, selon les chercheurs, jouer un rôle fédérateur et veiller à la reconnaissance des mémoires partagées par l’ensemble des communautés en présence.

Cette étude vient d’être publiée sur le site scientifique Memory Studies et fera, par ailleurs, l’objet d’un livre en mars 2012 (en français aux éditions Mardaga et en néerlandais aux éditions Snoeck), qui portera le titre : « Belgique/België : un état, deux mémoires collectives ? ». (ID)

| 13/12/2011 |