Un vote historique

étudiante à Louvain-la-Neuve (J. Delorme)
A la veille de cette semaine, décisive pour la fusion de l'Académie Louvain, le recteur Bruno Delvaux a fait une déclaration au conseil académique de l'UCL, appelé à voter ce mercredi.
Lundi dernier, le recteur Bruno Delvaux a fait une déclaration aux membres du Conseil académique de l’UCL appelés à voter sur le projet de nouvelle université. Voici le texte de son intervention.


"Le 15 décembre 2010, le Conseil académique et le Conseil d’administration de l’UCL se prononceront de manière irrévocable sur la fusion et la création de l’UCLouvain. Le moment est historique. Lourde sera la responsabilité de nos instances décisionnelles d'opter entre le repli et l'ouverture, entre l’introspection et l’enrichissement mutuel, entre le passé et l’avenir. Si le vote est positif dans les quatre institutions de l’Académie Louvain, celles-ci uniront leurs forces pour se forger un avenir commun. Comment définir dès à présent une «valeur ajoutée» alors que nous sommes appelés à la construire ensemble afin d’atteindre l’idéal académique et remplir au mieux les missions que la société nous confie?

Je veux ici insister sur quatre dimensions.

La dimension citoyenne. Membres d’une communauté universitaire, nous sommes aussi et d’abord des citoyens. Soucieux du meilleur usage des deniers publics, nous voulons contribuer à réduire la concurrence interne entre institutions universitaires de la Communauté française de Belgique. Cette concurrence, consommatrice de ressources publiques, nous est imposée depuis de longues décennies par nos gouvernants par le biais d’un financement à enveloppe fermée. Celui-ci condamne les universités à faire mieux avec des moyens constants ou plutôt réduits en fonction de l'accroissement du nombre global d'étudiants. La fusion qui nous engage éliminerait la concurrence interne entre quatre institutions de la Communauté française. Ensemble, nos institutions fusionnées feraient encore mieux avec des moyens rassemblés, s’inscrivant dans une démarche d’université citoyenne contribuant à préparer l’avenir de notre société en concentrant davantage nos moyens sur nos missions académiques: recherche, enseignement et service à la société.

La dimension universitaire autour de valeurs partagées. En fusionnant, nous créons un nouvel espace académique, fondé sur trois principes essentiels: la participation, la coopération et la subsidiarité. Ces principes font écho aux valeurs que nous partageons au sein de l’Académie Louvain: ouverture, respect, dialogue, enrichissement mutuel. Nous voulons les mettre en oeuvre en pratiquant l’intelligence collective. Cet espace académique nouveau, lieu de formation par la recherche, ouvert au monde, nourri d’altérité, répondant aux défis sociétaux de notre temps et luttant contre les inégalités et les fatalismes, constituera une force universitaire pour la Communauté française. Reposant sur le rayonnement de tous ses membres, la nouvelle université sera un lieu de mutualisation des moyens, de diffusion des bonnes pratiques, de développement de nouvelles marges de progression académique, animé par une recherche constante de la qualité. La nouvelle institution sera mieux armée pour répondre à un défi majeur des grandes universités européennes: celui d’associer, d’une part, l’excellence scientifique, cruciale pour la qualité de l’enseignement et notre positionnement international, et, d’autre part, l’implication de l’université dans son environnement régional et sa contribution à son développement socio-économique, culturel et humain. Notre démarche qualité et notre nouvelle assise géographique, commune, constitueront des atouts majeurs pour répondre à ce défi: servir la société et rayonner dans le monde. La nouvelle institution aura un potentiel d’attraction colossal pour les Hautes Ecoles du Pôle Louvain, voire d’autres. L’ambition est de créer un espace d’expression des talents des jeunes qui s’engagent dans des études supérieures. Un aménagement des passerelles et des programmes permettra de mieux lutter contre l’échec, aider à la réussite, exprimer les talents et favoriser l’accès aux formations supérieures. Là réside aussi un potentiel inestimable pour mieux répondre aux préoccupations des citoyens, souvent relayées par les étudiants: ouvrir l’université et en favoriser l’accès.

La dimension constitutive: une nécessaire approche par étapes. Les textes fondateurs sont complexes: c’est une évidence. Ils résultent d’une négociation où chaque institution a fait un pas vers l’autre et dont l’historique est un aspect majeur. Le processus de fusion s’est construit à partir des positions non négociables des différents partenaires plutôt que sur l’édification d’un projet commun basé sur la définition d’un concept partagé d’université fusionnée. Issu de trois années de négociation, le schéma de gouvernance adopté en juin 2009 préfigurait la fusion par un acte technique. Or, l’idéal universitaire exigeait un acte fondateur. Le délai supplémentaire d'un an a permis de donner une ouverture dans ce sens. Les textes fondateurs héritent du schéma de gouvernance, certes, mais intègrent de nouveaux éléments de transversalité: la possibilité de créer des facultés intégrées multisites, l’évaluation du processus de fusion avant le 31 décembre 2014 et les modifications qu’il faudra ou non en déduire. Le passage par un système complexe est nécessaire. Il fixe un cadre fédérateur où chaque institution rentre en tant qu’entité, avec des compétences fortes. Cela consacre constitutionnellement le respect de chaque partenaire. Ce cadre permet d’ouvrir le champ des possibles. En cas de vote positif des quatre institutions, la parole sera donnée aux acteurs de terrain (facultés, instituts, départements…) au sein de chantiers spécifiques destinés à dessiner la nouvelle université et à la faire évoluer dans un objectif commun: réaliser au mieux nos missions de base au sein d’une institution reposant essentiellement sur le rayonnement de ses membres.

Une dimension fondamentale: la liberté. En s’engageant dans l’UCLouvain, université libre régie par la loi de 1911, nous restons maîtres de notre sort. Cette liberté est un atout majeur dans un paysage de l’enseignement supérieur qui demeure incertain au sein de la Communauté française de Belgique.

Certes, tout n’est pas parfait. Les textes fondateurs déposés en septembre 2010 ont déjà fait l’objet d’aménagements suite aux interactions avec les représentants des corps, des étudiants et des délégations du personnel. Considérer le projet à moyen et long termes est capital: une grande université européenne solidement implantée en Communauté française de Belgique, dans les deux régions qui la composent, aura bien plus d'atouts pour relever les défis pédagogiques, scientifiques, technologiques et sociétaux de ce moment que n'en auraient les quatre institutions travaillant de manière isolée.

En ce moment historique, qui verrait l’intégration de l’UCL dans l’UCLouvain, nous devons montrer notre détermination. Un vote fort, voire unanime, sera perçu comme accueillant, ouvert, respectueux de l’autre et désireux de construire une nouvelle université, différente des quatre institutions actuelles. Un tel vote ferait très bel écho aux valeurs que l’UCL a toujours portées."

Bruno Delvaux, recteur de l'UCL

 

| 13/12/2010 |