COMMUNIQUE DE PRESSE
La Flandre indépendante ? Non, répond Vincent Laborderie. Ce chercheur UCL en science politique consacre ses recherches à la manière dont les Etats peuvent devenir indépendants et les conditions de leur reconnaissance internationale. Selon lui, les conditions permettant une indépendance de la Flandre sont, actuellement, loin d’être remplies.
Vincent Laborderie a commencé par étudier l’indépendance ou les désirs d’indépendance de plusieurs pays (Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Québec, Serbie-Monténégro). Il existe globalement trois possibilités pour qu’un Etat devienne indépendant :
- un conflit armé (cas de l’ex-Yougoslavie)
- une séparation à l’amiable (cas tchécoslovaque)
- une déclaration unilatérale d’indépendance (Québec, Serbie-Monténégro).
Dans le cas de la Flandre, le conflit armé ou une guerre civile est à exclure. Non seulement par le caractère très largement non-violent du conflit communautaire belge et le peu de volonté populaire d’en découdre. Mais surtout parce que, Bruxelles étant la capitale européenne et le siège de l’OTAN, les institutions internationales interviendraient très rapidement en cas de violences.
La séparation à l’amiable et le “divorce de velours” tchécoslovaque sont souvent cités comme modèle à suivre par les indépendantistes flamands. Cela suppose que Flamands et Francophones se mettent d’accord, non seulement sur la fin du pays, mais surtout sur les modalités de la séparation. Ceci apparait à l’heure actuelle impossible. Comment des responsables politiques qui n’arrivent pas à s’accorder sur la scission de BHV pourraient-ils le faire sur des sujets autrement plus épineux ? Citons deux points où il apparait impossible d’avoir un accord : Bruxelles et sa périphérie et le partage de la dette fédérale. Un partage de la dette fédérale au prorata de la population (comme c’est souvent le cas) ajouterait, pour la Wallonie, 33% de la dette belge à sa dette propre. Le futur Etat serait assez rapidement incapable d’honorer ses créances. La Wallonie s’opposerait donc à la séparation. Concernant Bruxelles et la périphérie, les francophones refuseront un accord qui abandonne Bruxelles à la Flandre. Et il n’est pas non plus envisageable pour les Flamands d’être indépendant sans Bruxelles. Enfin, la “solution” d’un Bruxelles D.C., capitale de l’Union Européenne, n’est pas envisageable en l’état actuel de la construction européenne.
Reste la déclaration unilatérale d’indépendance. Dans une telle situation, plusieurs Etats de l’Union européenne, soucieux de leurs propres problèmes internes, s’opposeraient à une reconnaissance rapide. Or, vu la structure de l’économie flamande (tertiaire et très ouverte à l’international), une reconnaissance rapide de l’ensemble des autres Etats membres de l’Union européenne est indispensable. Au mieux, ces Etats demanderaient la tenue d’une consultation populaire, préalablement à l’indépendance (comme ce fut le cas pour le Québec et le Monténégro). Or, aujourd’hui, 85% des Flamands ne désirent pas l’indépendance de la Flandre. Ce chiffre est constant et des sondages récents ont montré que la chute du gouvernement et les crises à répétition n’y ont rien changé. De même, 85% des Flamands déclarent se sentir belges (et également flamands pour une majorité d’entre eux) lorsqu’on les interroge sur leur identité. La proportion de Flamands favorables à l’indépendance est donc très loin d’être majoritaire et ne le sera pas à court ou moyen terme.
L’ensemble de ces éléments montre qu’il est aujourd’hui impossible que la Belgique éclate. Il faudra être attentif à ces différents facteurs dans les années qui viennent pour voir si cette situation peut évoluer. Mais aujourd’hui, le principal danger pour la Belgique n’est pas son éclatement mais la paralysie institutionnelle et l’impossibilité de former un gouvernement, après le 13 juin.