Jean-Jacques Quisquater, Fellow et fier de l'être [7/06]

Questionnaire décalé de Jean-Jacques Quisquater
  1. son principal trait de caractère : la ténacité (pour imposer ses recherches)
  2. ses qualités : patient, travailleur, organisé
  3. ses défauts : s’énerve vite (surtout lorsque les choses lui résistent, notamment pour des questions administratives), est désorganisé (du point de vue des autres qui ne comprennent pas son organisation !)
  4. s’il pouvait changer de profession… il aurait aimé être archéologue ou faire de la biologie moléculaire (pour étudier l’ADN)
  5. sa devise : « bien faire les choses et laisser dire les autres »
  6. ce qu’il aime le plus dans la cryptographie : le fait de protéger la vie privée des gens
  7. ce qu’il aime le moins dans la cryptographie : le fait que certains domaines de la cryptographie sont devenus trop pointus et du coup, difficiles à expliquer au grand public

Jean-Jacques Quisquater, Fellow et fier de l'être

A l’heure de son éméritat, Jean-Jacques Quisquater reçoit la plus belle récompense de la part de ses pairs : le prix Fellow de l’association internationale de cryptographie. Une reconnaissance (enfin ?) pour une vie professionnelle passée à décrypter l’univers des écritures codées.

Jean-Jacques Quisquater est véritablement « tombé » dans le monde de la cryptographie lorsqu’il était petit. En troisième primaire, il passait son temps à envoyer des messages cryptés à ses copains de classe, histoire que le prof ne puisse pas les lire lorsqu’il parvenait à les intercepter. Au fil des cours et des petits mots échangés, il était devenu « celui qui cassait les codes des autres »… Après avoir dévoré les quelques livres de la collection « Que sais-je » sur la cryptographie, réalisé des études d’ingénieur et décroché son premier job chez Philipps, il eu une révélation en lisant un article scientifique sur le sujet. « C’était fascinant ! » Ce jour-là, il eu la certitude qu’il passerait sa vie professionnelle à analyser et peaufiner cette science du codage et du décodage. Il réussit à convaincre Philipps de le laisser travailler dans la cryptographie afin de sécuriser les informations techniques de l’entreprise. Quelques années plus tard, il dirigeait un département entier de cryptographes et en ’85, il développait la première technique au monde pour sécuriser la carte à puce… « une technique (évolutive) encore utilisée aujourd’hui, qui protège plus de 85 % des passeports dans le monde ! »

La recherche pour améliorer le bricolage
C’est en 1991 que Jean-Jacques Quisquater rejoint l’UCL. D’abord comme professeur invité, « pour donner un cours sur la cryptographie. Ce cours a généré un tel engouement qu’aujourd’hui, l’unité de cryptographie comprend 22 personnes dont 2 académiques temps plein ». Une belle victoire pour cet homme qui a dû « batailler ferme » pour que cette discipline accède au rang de science à part entière. « La carte à puce résulte du bricolage de certains passionnés ». Son poste d’enseignant et ses recherches à l’UCL ont permis à Jean-Jacques Quisquater de « remettre un peu d’ordre » au sein de la discipline. « C’était intéressant de pratiquer le schéma inverse de la recherche : je suis parti du concret pour me plonger ensuite dans l’abstrait ». Son travail dans le privé lui a ouvert la porte à de multiples questions et inconnues qu’il s’est ensuite attaché à résoudre.

La Belgique, laboratoire de la cryptographie
Ce n’est pas un hasard si la cryptographie s’est développée en Belgique : « dans les années ’90, elle était associée au trafic d’armes (notamment aux Etats-Unis). La Belgique était l’un des seuls pays où la recherche sur la cryptographie n’était pas contrôlée ». Grâce à sa passion et sa ténacité (sa principale qualité selon lui), Jean-Jacques Quisquater est devenu l’inventeur du vote électronique, a imaginé la cryptographie des passeports, a créé la signature électronique de nos cartes d’identité, a conçu les systèmes de protection (décodeur, accès, contenu) relatifs à la télévision numérique et pense encore à améliorer les échanges sécurisés sur le net, dans le cadre de l’e-commerce.

Raccrocher ses recherches sur la cryptographie ? Impensable. D’autant plus qu’avec un fils cryptographe, les discussions de famille sont fécondes de nouveaux projets et le sujet, impossible à éviter !

Infos sur l’unité de cryptographie : http://www.uclouvain.be/crypto

 

| 8/06/2010 |