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Sevrage des nouveau-nés intoxiqués par leur maman fumeuse [27/05/2010]Recherche de Véronique Godding Le tabagisme maternel durant la grossesse représente une inégalité de santé et d’espérance de vie importante, au détriment de l’enfant à naître. Le tabagisme maternel reste la cause (évitable) la plus importante de complications de la grossesse, de prématurité et de faible poids de naissance. Il porte atteinte à la santé du nourrisson, de l’enfant et de l’adulte. Le tabagisme est une addiction qui comporte une triple dépendance physique, psychologique et comportementale. La nicotine inhalée agit au niveau cérébral par le biais de récepteurs spécifiques, créant une sensation agréable liée à la libération de dopamine. L’arrêt brutal du tabagisme entraine un syndrome de manque très inconfortable chez le fumeur dépendant, caractérisé par de la nervosité, de l’irritabilité, des troubles de l’humeur et du sommeil… Lorsque la femme enceinte fume durant la grossesse, la nicotine et le monoxyde de carbone présents dans la fumée inhalée passent dans la circulation fœtale et interagissent avec le cerveau fœtal. Véronique Godding a émis l’hypothèse que le sevrage brutal en nicotine, après la naissance pouvait entrainer un syndrome de manque nicotinique chez le nouveau né. Elle a donc recruté 17 femmes enceintes fumant plus de 10 cigarettes/jour et 16 femmes enceintes non fumeuses, non exposées à la fumée. Elle a ensuite suivi l’examen neurologique des nouveau-nés, durant les cinq premiers jours de vie, et observé les signes cliniques éventuels de manque. Des dosages biologiques de cotinine, le principal métabolite de la nicotine, ont été réalisés dans le sang du cordon, ainsi que dans les urines des mères et des nouveau-nés. La dépendance physique des mères fumeuses a été évaluée par le questionnaire validé de Fagerström. Résultats : seuls, les nouveau-nés de mères fumeuses avaient des concentrations significatives de cotinine dans le sang du cordon. Les concentrations de cotinine urinaire des nouveau-nés de mère fumeuses étaient élevées par comparaison aux nouveau-nés de mère non fumeuse, mais comparables à celles de leurs mères. Le score neurologique des nouveau-nés de mère fumeuse étaient significativement moins bons, durant les 5 premiers jours de vie, que celui des nouveau-nés de mère non fumeuse, s’améliorant toutefois entre les jours 1 et 5. Le score de sevrage était plus élevé chez les nouveau-nés de mère fumeuse aux jours 1, 2 et 4. Il existait des corrélations significatives entre les marqueurs biologiques d’exposition à la nicotine et les scores neurologiques et de sevrage. Conclusion : des symptômes de sevrage sont présents chez les nouveau-nés lourdement exposés au tabagisme maternel durant la grossesse. Après la publication de cette étude, ces résultats ont été confirmés par d’autres équipes. L’aide au sevrage tabagique est actuellement considérée comme indispensable lors du suivi de la grossesse. Véronique Godding travaille actuellement à la rédaction de recommandations pour l’arrêt tabagique durant la grossesse. Le centre d’aide aux fumeurs des Cliniques St-Luc dispose d’une sage-femme tabacologue dédiée à cette démarche.
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29/08/2012
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