L'UCL met au jour un facteur critique au déclenchement de la broncho-pneumopathie chez les fumeurs [27/05/2010]

Recherche de Charles Pilette

La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une grave maladie respiratoire liée dans 80-90% des cas au tabac et affectant 680 000 belges. Elle mène à une perte inéluctable des capacités pulmonaires et parfois au décès. 20 à 25% des fumeurs développent la maladie, mais les facteurs expliquant que seuls certains fumeurs la développent et d’autres pas, sont méconnus. Le seul traitement ayant un impact sur l’évolution de la BPCO est l’arrêt du tabagisme, cependant la perte de capacité respiratoire est largement irréversible, renforçant l’importance de la prévention.

Lorsque l’on fume, on peut développer une forme de bronchite chronique se compliquant d’infections à répétition et, à un stade plus avancé, une insuffisance respiratoire avec essoufflement au moindre effort peut apparaître. Les mécanismes de cette prédisposition aux infections de certains fumeurs restent mal connus.

Charles Pilette a émis l’hypothèse qu’un déficit de production d’anticorps (les immunoglobulines A (IgA)), tapissant normalement nos muqueuses pour les protéger des bactéries ou virus, pourrait favoriser le développement d’une inflammation bronchique chronique et d’infections récurrentes chez certains fumeurs. Dans une première étude, il a observé que la production des anticorps IgA était diminuée dans les bronches de fumeurs atteints d’une BPCO sévère, suite à un problème de transport à travers l’épithélium respiratoire (tissu recouvrant les muqueuses).

Dans une deuxième étude en cours (sur 40 patients), Charles Pilette a pu, via l’analyse de biopsies et d’épithélium bronchique cultivé in vitro, confirmer ses premiers résultats. Des expériences complémentaires indiquent que l’altération de la sécrétion des anticorps IgA est la conséquence de la production d’un facteur (TGF-b) régulant la différentiation épithéliale. Concrètement, ce facteur bloque le transport des anticorps IgA à travers l’épithélium, ce qui pourrait favoriser l’inflammation chronique et les infections respiratoires chez les patients atteints de BPCO (surtout de forme sévère).

La suite ? Il s’agit de définir une stratégie capable de bloquer ce facteur pour restaurer le transport d’IgA, afin d’enrayer le développement d’infections et la progression de la maladie. Une étape qui nécessite encore de nombreuses recherches fondamentales avant de pouvoir passer aux essais cliniques sur l’homme. De plus, cette anomalie pourrait servir à détecter les fumeurs à risque. Ces découvertes constituent ainsi une belle avancée dans le domaine de la recherche des maladies liées au tabac.

En conclusion, ces recherches montrent que les fumeurs atteints d’une BPCO sévère présentent un déficit important d’anticorps IgA, altérant la capacité immunitaire de protection respiratoire. Ce processus est probablement dû à la production d’un facteur appelé TGF-b. Cibler ce facteur pourrait constituer une stratégie pour restaurer les mécanismes de défense chez des sujets à risque, dans un but de traitement voire de prévention de la BPCO.

Ces recherches ont été soutenues par le FNRS (mandat du Dr Pilette, fonds) et par l’UCL (onds FSR), et ont reçus du FNRS en 2009 le prix AstraZeneca Asthma & COPD Foundation.

| 29/08/2012 |