Un ciné-historien de l'expérimental

Xavier Garcia Bardon, historien UCL
Il est dans un itinéraire, des années charnières.  Celle que Xavier Garcia Bardon (promotion 1998) consacra à son mémoire en fut une.  Elle lui ouvrit une porte sur sa passion: le cinéma expérimental

De son bureau, Xavier Garcia Bardon (prom. 1998) a vue sur la rue Ravenstein.  Celle qui jouxte la ruelle de la Cinematek et Bozar où il travaille aujourd'hui.  Quand il était étudiant en histoire à l'UCL, la Cinémathèque (devenue depuis Cinematek) était son repère.  Je m'ennuyais un peu dans mes études.  J'étais passionné d'art et de cinéma.  J'aimais aussi beaucoup les recherches, surtout pour mon mémoire.  C'était un plaisir, dit-il.  Il choisit pour sujet de mémoire ce qui le passionne: un festival de cinéma expérimental à Knokke-le-Zoute.  Scorcese, Varda, Polanski, De Palma… pour ne citer que les grands noms, y sont passés entre 1949 et 1974.  Clôturé un an après ses études, son mémoire est publié et lui ouvre une porte vers le cinéma.

Un mot clé: l'expérimental

Aujourd'hui et depuis 2004, il est, avec Juliette Duret, programmateur de Bozar cinéma et l'est encore à d'autres occasions (festivals…).  Son credo: l'ouverture et les connexions du cinéma avec d'autres arts.  Mais encore ?  Ah oui, on va peut-être commencer par là !  Il sait son domaine pointu mais s'en fait l'ambassadeur.  Les films expérimentaux explorent et élargissent le medium cinématographique,  explique Xavier.  Des formes noires et blanches clignotant au rythme de la bande son, un homme qui dort durant huit heures, filmé par Andy Warhol, une performance live en multiprojection,…  ces films "underground" sont parfois plus proches de la peinture, de la musique ou de la poésie… que du cinéma narratif.
Un décloisonnement des genres et des disciplines qui correspond bien à la philosophie de Bozar, "palais de tous les arts".  Et concorde avec les aspirations "expérimentales" de Xavier Garcia Bardon qui, hors salle obscure, expérimente aussi les sons.  Musicien, il a plusieurs projets, avec le groupe Buffle mais aussi en solo, sous le nom de Saule (sans lien avec le chanteur du même nom et ses Pleureurs).  Un de mes projets consiste à composer avec trois tourne-disques, explique-t-il.  Les disques sont généralement ralentis, révélant la texture du vinyle.  Avant Bozar, il est d'ailleurs passé par la Médiathèque.  Une belle occasion d'élargir mes horizons….

L'oeil du dénicheur

De sa formation d'historien, il garde certainement son goût de la découverte et de la recherche.  La rigueur d'une méthode de recherche historique, d'une approche critique mais investie d'une vision et suivant une approche ludique", livre-t-il.  Il a grandi parmi les livres, avec un père professeur en sémantique à l'UCL.  Au départ, il se serait vu faire une thèse, lui qui dispense depuis peu un cours de cinéma à l'ERG (Ecole de recherche graphique).  C'est le même métier qu'à Bozar: transmettre, faire découvrir des créations.  Il a, pour sûr, l'oeil de celui qui aime dénicher des films improbables, des créations inédites ou disparues…  Ce qui le mène au-delà de Bozar (où il travaille en fait à mi-temps), à programmer pour d'autres événements à Madrid, Rotterdam, Bologne, Anvers, Namur…  C'est aussi un travail d'historien !  Dénicher des films, faire des recherches, assembler des traces du passé de différentes manières, et enfin les faire découvrir

Alice Thelen

Article paru dans Louvain n° 181, décembre 2009 - janvier 2010, p. 17.