Revue Louvain – UCL
Les zones d’ombres de la transparence
La société actuelle prône la transparence. Toujours plus de transparence. Que ce soit en politique, au niveau technologique ou même dans les comportements humains. Mais autant de transparence, est-ce toujours nécessaire et positif ? Le numéro de décembre 2009-janvier 2010 de la revue Louvain de l’UCL démontre, via un dossier multidisciplinaire, que trop de transparence peut s’avérer néfaste, notamment pour la démocratie.
Les attentes de transparence sont fortes dans le débat public. Des voix s’élèvent pour exiger la divulgation des rémunérations des patrons ou une plus grande visibilité des flux financiers. La publicité des commissions parlementaires ou celle des audiences judiciaires est jugée positive. La transparence est effectivement une condition nécessaire à l’exercice éclairé par le citoyen des droits dont il dispose. Pourtant, n’attendons-nous pas trop d’une telle mise à nu ? Ainsi, la possibilité d’une délibération véritable n’est-elle pas menacée par l’exposition publique de ses participants ? De même, la transparence du processus électoral peut-elle se faire sans mettre en péril le secret du vote électronique ? Les sciences sociales montrent, par exemple, que la transparence encourage le conformisme.
En politique, le risque en rendant une opinion publique est de provoquer l’annulation de tous débats en interne : les membres d’un parti ne prendront pas le risque de contredire l’opinion émise par leur responsable, devant la presse par exemple. Dans ce cas de figure, la volonté de transparence se mue en une absence de démocratie.
Dans le domaine de la cryptographie, et en particulier en ce qui concerne le vote électronique, une trop grande démocratie pourrait aboutir à la disparition du secret du vote. C’est donc toute la difficulté des cryptographes, de permettre au citoyen de vérifier la validité de son vote tout en ayant la certitude que ce dernier ne sera pas divulgué.
Chez les animaux, la transparence existe aussi. Certaines races n’hésitent pas à pratiquer la transparence comme camouflage pour attraper leur proie. Mais là encore, trop de transparence n’est pas l’idéal : à force de ne pas être vu, les animaux pourraient ne plus arriver à trouver de partenaire sexuel et donc à se reproduire.
En psychosociologie, on voit que l’individu n’est pas toujours transparent avec lui-même : il existe toujours des situations dans lesquelles on préfère ne pas être totalement honnête, transparent, afin de justifier une mauvaise décision ou un manque de caractère.
Enfin, la transparence fascine également l’imaginaire et le monde de la fiction. Pour preuve, la création de personnages tels que l’homme invisible ou la cape d’invisibilité d’Harry Potter.
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Pour de plus amples renseignements (presse uniquement), n’hésitez pas à contacter les coordinateurs de ce numéro de la Revue Louvain :
• Axel Gosseries, professeur à la Chaire Hoover d'éthique économique et sociale : 010 47 29 03
• Jean-François Rees, professeur à l’Unité de biologie animale : 010 47 35 17
• Frédéric Thys, professeur à l’Unité de réanimation et de soins intensifs : 02 764 16 37 ou 02 764 16 13