Le rôle des forêts tropicales dans la lutte contre le changement climatique
Les forêts tropicales de la planète disparaissent rapidement. Le taux de déforestation des forêts tropicales humides, qui sont les plus riches en biodiversité, est équivalent à la perte, tous les 10 ans, d’une superficie de forêts égale à la France. Cette déforestation tropicale est notamment responsable de l’émission dans l’atmosphère de 17% des gaz à effet de serre qui causent le réchauffement du climat. Les recherches d’Eric Lambin apportent une lueur d’espoir à cette situation : dans quelques pays en voie de développement, les forêts tropicales sont en augmentation. On nomme « transition forestière » ce passage de la déforestation à la reforestation à l’échelle nationale. Est-ce l’amorce d’une transition vers une utilisation plus durable des ressources naturelles ?
L’Unité de géographie de l’UCL étudie les mécanismes de cette transition forestière en combinant des images des satellites d’observation de la terre, des données socio-économiques et des modèles des interactions entre l’homme et son environnement. L’ensemble de ces données permettent une reconstruction de l’évolution du couvert forestier de ces pays et une compréhension des causes et des impacts de la reforestation sur le bien-être, la biodiversité et le piégeage du carbone dans les forêts. Parfois, ces pays ne réussissent à préserver leurs forêts qu’en important du bois tropical des pays voisins et donc en exportant leur déforestation vers ces pays – ce qui ne résout en rien le problème à l’échelle mondiale.
Ces recherches ont une portée politique importante, en particulier dans le cadre des négociations actuelles sur le « Reducing emissions from deforestation and forest degradation » (REDD), en vue du sommet de Copenhague. Concrètement, les travaux de l’UCL permettent d’identifier les politiques susceptibles de ralentir et inverser la déforestation : décentralisation de la gestion des forêts, avec implication des communautés locales et augmentation de leur capacité à faire respecter les règles existantes de protection des forêts ; mise en place d’un système de paiement pour les services fournis par les écosystèmes naturels afin de conférer une valeur économique à leur préservation ; création d’opportunités d’emplois ruraux non agricoles pour diminuer la pression sur les forêts ; et amélioration de la gouvernance environnementale et lutte contre la corruption. Dans tous les cas étudiés, la reforestation est associée à une forte volonté politique à l’échelle nationale pour une restauration des écosystèmes forestiers et à la création d’opportunités économiques alternatives à la destruction des forêts. Toute politique doit toutefois être adaptée au contexte spécifique d’un pays : il n’y a pas de solution universelle.
D’autres questions se greffent à cette problématique : la nécessité de réconcilier une expansion des forêts tropicales à l’échelle mondiale avec le besoin de nourrir une population qui atteindra bientôt 9 milliards d’habitants ; la pression sur les terres agricoles liée à l’urbanisation, la dégradation des terres et l’expansion des biocarburants ; et comment éviter que les politiques de reforestation pour piéger le carbone aient des effets pervers sur la biodiversité, en privilégiant par exemple le remplacement de forêts primaires naturelles par des plantations d’espèces exotiques à croissance rapide.
Eric Lambin a, par ailleurs, été invité par la Commission européenne à faire une conférence à la réunion de Copenhague (le 10/12 à 13h) sur les résultats de ces recherches.