Mini-portrait Jean Germain

Jean Germain, actif à l’UCL depuis près de quarante ans, quitte la direction de la Bibliothèque générale et de sciences humaines. Il en avait pris les rênes en 1989. Retour sur une carrière haute en couleurs et à l’accent résolument wallon.

Une page, non des moindres, vient de se tourner pour Jean Germain. Le directeur de la Bibliothèque générale et de sciences humaines est parti à la retraite, mettant ainsi fin à une carrière entièrement dédiée à l’UCL, qu’il intégra «un peu par hasard» (initialement, il ne se destinait pas à faire carrière comme bibliothécaire).

Il a d’abord assumé la fonction de conservateur adjoint de la bibliothèque avant qu’on lui confie un challenge d’envergure: regrouper les bibliothèques de théologie, de philosophie et lettres, et le Centre général de documentation. Le natif de Spontin, fort attaché à ses racines wallonnes, n’a plus jamais quitté la direction de la BGSH, dont il a gardé la tête durant près de vingt ans. Un sacré bail. Pourtant, il n’a pas vraiment vu le temps passer. «À force de fréquenter de nouvelles générations d’étudiants et d’étudiantes (NDLR: il donnait également cours depuis une dizaine d’années), j’ai l’impression d’être rentré à l’université hier», sourit-il.

"Pas dans la dentelle"

Dans les faits marquants qui ont pimenté sa carrière, il pointe assurément le transfert de la Bibliothèque centrale de Louvain vers Louvain-la-Neuve. En l’espace de quelques mois, plus d’un million de livres, répartis dans 130 camions de dix tonnes, ont déménagé vers leur nouvel espace. «C’était une grosse opération. Le genre d’entreprise que j’apprécie particulièrement. Je suis davantage un homme de gros travaux, je ne fais guère dans la dentelle.» Sous l’impressionnante carrure du Namurois sexagénaire, il y a un homme de consensus, aussi à l’aise «avec un ouvrier qu’au Palais royal», dont le besoin de communiquer est devenu vital au fil du temps. Quand il faut prendre la parole, Jean Germain ne se cache pas. Au contraire, il affectionne l’art oratoire. Quelle que soit la taille de son auditoire, sa lourde voix prend possession des lieux. Y compris quand il faut s’exprimer en wallon, devant une assemblée d’Américains venus du Wisconsin en visite à l’UCL, «qui ne parlaient pas le français mais uniquement le wallon».

La Wallonie dans le sang

Sa Wallonie natale, il l’a dans le sang. Issu d’une famille de tailleurs de pierre, il s’est spécialisé dans l’étude des dialectes –le wallon namurois surtout– et en onomastique wallonne. À tel point que le secrétaire de la section wallonne de la Commission royale de toponymie et de dialectologie, auteur de nombreux ouvrages et articles en la matière, est considéré aujourd’hui comme une référence européenne en onomastique, particulièrement en ce qui concerne l’origine des noms de famille. Son seul regret? Ne pas avoir pu façonner l’architecture –jeune, il rêvait d’être architecte– de «sa» bibliothèque telle qu’il l’aurait souhaité. Un détail finalement, dans une carrière si riche en challenges. Benoit Robaye