La religion a-t-elle des effets sur nos comportements sociaux ? [07/07]


    La religion a-t-elle des effets sur nos comportements sociaux ?

Cela fait près de six années que l’équipe du Centre de psychologie de la religion de l’UCL, dirigée par le professeur Vassilis Saroglou, mène, entre autres, des études sur le rôle que joue la religion dans nos comportements sociaux. Ces travaux, menés grâce à des expérimentations en laboratoire, sont novateurs en Belgique, voire en Europe. Deux recherches récentes conduisent à des résultats extrêmement intéressants sur les effets de la religion sur les comportements d’altruisme et de soumission.


En procédant à des expérimentations en laboratoire, la première phase de travaux du Centre de psychologie de la religion confirme que les personnes croyantes se perçoivent elles-mêmes comme altruistes mais que leurs proches les perçoivent également ainsi. Ces études démontrent surtout que les effets concrets de la religion sur les comportements « prosociaux » (comme l’aide, le pardon ou le sacrifice) existent bel et bien, mais se limitent à des comportements « minimaux », comme une moindre agressivité par exemple. Ces comportements « prosociaux » s’adressent aussi principalement au cercle des proches : ils ne s’étendent pas à des inconnus. Par exemple, les sujets croyants ont tendance à aider un collègue qui fait tomber le contenu de sa mallette, mais pas le parfait inconnu qui se trouve dans la même situation.

La deuxième phase de travaux a été menée en collaboration avec le Laboratoire de psychologie sociale de l’UCL, sous la responsabilité du professeur Olivier Corneille. Dans ce cadre, ce sont les effets subliminaux que l’activation de la religion peut avoir sur le comportement social qui ont été observés. Les premiers constats sont les suivants : les personnes inconsciemment exposées à des mots religieux à connotation positive (comme « foi », « miracle » ou « communion ») accèdent plus rapidement à des mots altruistes et, de plus, ont une plus grande propension à adopter un comportement altruiste (comme distribuer des tracts pour les Restos du cœur, par exemple). Et ceci que les sujets soient ou non croyants. Mais les résultats ne s’arrêtent pas là : la même méthode d’expérimentation – avec le même matériel des mots religieux présentés de manière subliminale – a également démontré que les sujets accèdent plus rapidement à des mots relatifs à la soumission et qu’ils peuvent, à l’invitation de l’expérimentateur, se montrer plus vindicatifs face à une personne qui les a critiqués. Attention, ces derniers résultats ont été observés chez des personnes ayant une prédisposition à la soumission : la religion n’est donc pas nécessairement un facteur de soumission, elle l’activerait ou la favoriserait simplement.

Les recherches menées par le Centre de psychologie de la religion clarifient donc, sur le plan empirique, les effets – limités mais non illusoires – de la religion sur les comportements à caractère prosocial mais montrent également comment les mêmes « situations » peuvent activer chez certaines personnes des mécanismes, comme la soumission, qui peuvent aussi conduire à des comportements anti-sociaux, comme la vengeance ou la violence. En combinant ces deux types de résultats, une question se pose aux chercheurs : derrière certains effets de la religion sur la moralité et les comportements sociaux, ne trouve-t-on pas, à côté des motivations à caractère intrinsèque (les valeurs, l’empathie…), des processus explicatifs plus problématiques tels la soumission, la conformité ou la dépendance ?

Pour de plus amples renseignements (presse uniquement), n’hésitez pas à contacter :
Vassilis Saroglou
, Professeur à l’Unité de psychologie sociale et des organisations de l’UCL, Responsable du Centre de psychologie de la religion : vassilis.saroglou@uclouvain.be ou 010 47 82 74

| 8/07/2009 |